Marche à Londres

08 juillet 2006

Characters (mardi 04 juillet 2006)


On rencontre des phénomènes au travail, c'est incroyable. Une vraie enquête sociologique sur le monde du travail, les rapports humains, le rapport au pouvoir, la hiérarchie, les valeurs, ... fantastique!
Un rapide tour de table s'impose.

D'abord les plongeurs. Il y en a trois, tous aussi différents les uns que les autres: un Portugais, bête comme un pied, qui fait son boulot, ne jure que par le foot (il se fait charrier à tout bout de champ) et aussi jovial qu'un robocop de l'euro 2000, puis un Vénézuélien, plusieurs années dans le métier, aimable un jour et détestable un autre, enfin un jeune gars de vingt ans, plutôt baba cool, souriant et trop intelligent pour rester longtemps à cette place mais ayant l'humour de sa situation.

Les serveurs sont nombreux, je m'entends avec tous, sauf un, un petit rital que j'appelle Benito, car c'est le fils spirituel du Duce. Travaillant depuis un an, parti trois mois et revenu après l'échec de cette expérience, il a tenté de m'en compter par ces excès d'autorité... j'ai dû plus d'une fois le remballer, il semble petit à petit comprendre...

Chez les maîtres d'hôtel, je crois aussi que le courant passe sans problème. L'un me fait bien rire, il est travailleur mais ne se prend pas aus sérieux, un autre, le principal, n'est pas tendre mais a compris qu'il pouvait me fiche la paix, le boulot serait tout de même fait. Le troisième est italien, mais je m'entends avec lui. Par contre, il n'a pas manqué d'évoquer certaines sympathies pour des idées fascistes (à 50 %, dit-il). Gloups! L'idée m'a traversé l'esprit de tourner les talons et de ne plus lui parler, mais j'ai pris l'option pédagogique et je vais tenter de le ramener à la raison. Y aura du boulot!

Je dois compter le chef barman, le plus âgé, agréable et humain sauf quand il a un verre dans le nez, où il devient plus méchant. Il m'a fait un jour une scène pour un aspirateur trop bruyant comme si c'était ma faute et quelques jours plus tard, il venait le réparer et s'en inquiétait en conversant avec moi très aimablement. Etonnant!
Son adjoint est anglais, très discret, peu de contacts.
La secrétaire, je ne sais pas, je ne parviens pas à la cerner.

Le monde des sommeliers est un monde à part. Les trois adjoints ont l'air de gens équilibrés, la fille me semble avoir des rapports sado-maso (au travail, le reste, je ne sais pas), vu comment elle traite certains mecs. Mais elle est peut-être obligée pour se faire respecter dans ce monde de mâles.
Le sommet c'est le chef sommelier.
Le gars est grand, plutôt armoire, habillé de noir, avec sa petite coupole accroché à une chaînette. Il se déplace avec pédance, il se pavane: un fat, prétentieux, imbu de sa personne, usant de sa -petite- autorité. Le genre de type que je vénère.
Un jour, il propose une bière brune anglaise à Michel Roux, qui la déguste volontiers.
Humain et intelligent, le chef dit: « Tiens le Belge, goûte un peu avec nous. »
Oulah! cela n'a pas eu le don de plaire au gardien de la divine bouteille. Fusillé du regard, comment Michel Roux pouvait-il inviter un busboy à venir boire avec le personnel de rang??
Un maître d'hôtel débarque et me demande s'il peut goûter, il trempe ses lèvres et le prétentieux se sent obligé de lancer « hé, tu ne commences pas à faire goûter tout le monde. » Ouh, le jaloux! (D'abord, je fais ce que je veux, c'est mon verre.)
Plus tard, dans la même journée (comme par hasard), il devait démontrer encore un peu plus sa bêtise.
Un serveur débarrasse les fromages qui manifestement dérangent en salle. Il arrive avec le plateau en cuisine mais la place manque, les cuisiniers n'ont pas libéré le lieu habituel.
Le sommelier débarque et vocifère: « Dépose ça là! » Je vois la place qu'il montre et ne peut m'empêcher d'intervenir. « Non, pas là, c'est la plaque chauffante. » Vous imaginez dix minutes de plaques chauffantes pour ces pauvres fromages? Outre la forme liquide qu'ils prendraient, ils nous dégageraient une odeur dans la cuisine pour toute la semaine suivante. Mais mon initiative hasardeuse n'a pas eu l'heur de plaire.
« Dépose là, ça embarrasse en salle, m'en fous! », dit-il au serveur.
« Oui, mais les fromages ne vont pas tenir. », répétai-je.
« Je te signale qu'on ne se connaît pas et que je te permets de me vouvoyer. »
« Mais si, on se connaît. »
« Puis, je n'ai pas à me justifier, je fais partie du management et toi tu es busboy. Alors fais tes boulettes de beurre. »
« Même si tu es du management, ce n'est pas une bonne idée de les mettre là. »
« On n'en reste là, VU? » Et il tourne les talons!
Le pauvre serveur n'avait pas déposé pendant ce temps-là. Ben oui, entre l'ordre idiot du « management » et la logique du « busboy », que choisir?

J'ai de plus en plus de mal avec l'autorité, surtout lorsqu'elle se retrouve dans les mains de gens pareils. On voit la différence entre l''autorité naturelle du chef qui vous offre une bière parce que vous pouvez l'apprécier, et l'autoritarisme d'un merdeux qui use de sa position pour essayer d'imposer ses vues, aussi stupides soit-elle.
Plusieurs sont venus après l'altercation pour me dire de ne pas m'en faire (tout va bien, merci), qu'il est stupide, que ...
Le sommelier oublie qu'il se retrouve sur le pot comme tout le monde, qu'il peut avoir des coliques ou se gratter le nez comme tout le monde, sentir des pieds beaucoup plus que d'autres, et qu'en définitive, le respect ne s'acquiert pas en fonction du vouvoiement ou d'une fonction. Je respecte les gens, pas un titre (un con manager est avant tout un con).

Quant au Duce, j'en ai déjà parlé, je ne m'attarde pas. Il est de la même veine que le dernier cité. Imbu de sa personne, sûr de lui, et écrasant le petit personnel. Trois fois trois minutes d'engueulades sur un cuisinier ce midi pour des plateaux qui n'arrivaient pas. La salle a dû l'entendre tant il criait. Risible tellement c'était disproportionné!

J'espère que je n'étais pas un prof imbu et autoritaire, cherchant à intimider mes étudiants. La tentation d'user de sa position, de son pouvoir pour écraser et mettre en position de faiblesse est réelle quand on est professeur. Fut-ce le cas? J'ose espérer que les enfants travaillaient avec moi pour eux, pas par peur.

Mais quel enseignement je vis hors de l'école!!!!

1 Comments:

  • je m'étonne que fait le big boss face aux attaques de tous ces cons?
    Heureusement que les gamins qui m'appellent Véro, ne me crachent pas au visage en guise de bonjour! Le pouvoir une sale affaire entre les mains de gens limités!

    By Anonymous veronike, at 18:14  

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