Marche à Londres

24 décembre 2006

Goodbye, and good luck! (jeudi 21 décembre 2006)


Je suis dans le métro Victoria pour la énième fois en direction de la maison de mon dernier élève de la semaine et de l'année.
En m'asseyant je ne me rends pas compte tout de suite. Mais, un rapide regard suffit... Mon voisin est un barbu.

Et alors? Suis-je barbophobe? Développerai-je un complexe face à une pilosité abondante??
Pas du tout! Et sans doute que si cela s' arrêtait là, je ne vous en parlerais pas.
Mais voilà, il est en plus de type arabe.
« Mais, il est raciste ma parole », entends-je déjà dans les chaumières.
NON, non, non! Seulement, ... de pareilles circonstances avant le 7 juillet 2005 ne m'auraient même pas fait réagir. Mais quand vous vous asseyez à côté d'un Arabe, barbu, portant son sac à dos sur les genoux, dans un métro de Londres, et qu'il sort son portable, vous reconnaîtrez qu'il est difficile de ne pas y penser. Je sais, plein de gens assis portent un sac à dos sur les genoux, mais c'est plus fort que tout.
Et je serais fort embêté.

D'abord parce qu'assis à cet endroit, je crois qu'il serait peu aisé de retrouver des morceaux à ramener pour la famille.
Puis cela me gênerait de partir là, maintenant. J'ai encore deux, trois choses de fondamental à faire sur Terre, tout de même.
Et puis aussi, l'élève m'attend et j'aimerais bien lui dire au revoir, comme j'ai pu le faire avec les autres tout au long de la semaine.
Celui-là, en plus, est vraiment un chouette petit gars. Je suis toujours allé avec grand plaisir, sans les pieds de plomb. Le courant était vraiment bien passé. Et c'était réciproque.

Il m'est déjà arrivé de percevoir que pour l'un ou l'autre de mes élèves, j'aurai compté dans leur vie.
Sentiment étrange que de penser que dans dix, vingt, peut-être cinquante ans, non seulement ces enfants ne m'auront pas oublié, mais que j'aurai sans doute contribué pour une petite partie à leur devenir.
Je devine que pour beaucoup je ne serai qu'un vague souvenir, un type qu'ils ont vu passer dans leur vie, sans plus. Pour d'autres (j'espère le moins possible) peut-être un mauvais moment de leur scolarité. Mais pour quelques uns, je resterai une personne qui leur aura donné envie d'apprendre, qui aura ouvert des portes, qui aura créé une relation de confiance et même, difficile de parler d'amitié dans un rapport prof-élève mais, un sentiment qui s'y rapproche...
Lors de cette leçon, (oui, le détonateur de la bombe n'a pas fonctionné), en revoyant les différents temps appris, je lui demande de faire des phrases au futur. Et il me répond: « Quand on sera vieux, on se verra encore ».

Demain, je me lèverai autrement.

3 Comments:

  • Gare au "Winterpret" ou "Plaisirs d'hiver", cher Joel: le père Noël aussi porte la barbe! A bientôt.

    By Anonymous david, at 01:21  

  • Ouf qu'il y a la dernière phrase !
    Ben oui, on aurait pu croire que tu écrivais ton épitaphe...
    Et je voudrais te rassurer quand même, tu as laissé une empreinte indélébile chez beaucoup de gens et que c'est tjs avec plaisir que l'on repense à un moment passé en ta compagnie.Sois pas nostalgique Alfred .Vivement janvier !

    By Anonymous Chris, at 11:35  

  • Oh, le Père Noël, un intégriste venu d'Amérique.
    Nostalgique, non. Toujours un peu frustré de me demander ce que deviennent nos élèves.
    En janvier, on pourra en parler d'ailleurs ;)

    By Blogger Joe, at 19:34  

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